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GCHQ: Le JTRIG torpille Anonymous qui torpille le JTRIG (ou pas)

Par Ludovic Blin, secuobs.com
Le 18/02/2014


Résumé : Les dernières révélations d'Edward Snowden mettent en lumière l'utilisation d'attaques DDoS et d'infiltrations par le GCHQ contre des dissidents politiques se réclamant de la mouvance anonymous, en application de mesures de défense "proactives". Cela pourrait avoir des conséquences imprévues.



Les services de renseignements sont une arme puissante dont l'utilisation est parfois difficilement contrôlable, notamment du fait de la compartimentation, souvent nécessaire à leur sécurité.

Ainsi, les journaux britanniques révélaient en début de mois que le GCHQ (services secrets militaires britanniques) avait lancé des attaques par déni de service distribué contre des serveurs appartenant à des militants politiques se réclamant de la mouvance anonymous. Plus précisément, une unité secrète dénommée de manière trompeuse JTRIG (Joint Threat Research Intelligence Group) était en fait chargée d'effectuer des attaques DDoS et d'infiltrer des salons de discussion IRC sur lesquels les anonymous coordonnent leurs cyberprotestations. Cette information est tirée de slides powerpoint provenant d'une conférence organisée par la NSA en 2012.

Ces opérations ont conduit à l'arrestation de quelques "anonymous" dont un habitant de York de 23 ans, condamné ensuite à 23 mois de prison, notamment pour avoir utilisé des numéros de cartes bancaires volés. Au bout de quelques semaines de détention il a été placé sous bracelet électronique à son domicile, avec interdiction de toucher un ordinateur.

Il s'agit d'un nouveau fait démontrant l'utilisation des capacités les plus secrètes (et les plus coûteuses) des états pour lutter contre des dissidents politiques.

Traditionnellement ces armes étaient utilisées pour les menaces les plus importantes, notamment envers la sécurité des états ou des nations.

Précisons également qu'il s'agit du premier cas vérifié d'attaques par déni de service contre des services internet réalisées par un état. Cela a été fait semble-t-il en application de mesures de défense "proactives". On voit ainsi encore tous les dangers de ce terme, notamment pour la démocratie.

Par ailleurs, on peut difficilement comparer les dénis de service réalisés par le GCHQ, c'est à dire par une unité militaire, et les dénis de service réalisés par des dizaines de milliers d'internautes, qui s'apparent plus à une forme de manifestation numérique. (NDLR:Pour établir une analogie avec la vie réelle, c'est un peu comme si l'état envoyait des tanks encercler le siège d'une organisation syndicale pour empêcher ses membres de se réunir.)

On se rappellera que le GCHQ avait été décisif lors de la deuxième guerre mondiale, en permettant de déchiffrer les communications nazies pendant plusieurs années. Pour cela, l'ordinateur moderne avait été inventé (Colossus).

Sur twitter des commentateurs se lamentent qu'une telle expertise soit aujourd'hui utilisée pour lancer des attaques DDoS, de niveau "script kiddie", minant la renommée de cette institution (qui n'a en l'occurrence probablement guère eu le choix, devant se conformer à des ordres venus des décideurs politiques).

Peu de temps après, un groupe se réclamant de la mouvance #antisec, annonçait avoir infiltré un opération du GCHQ/JTRIG destinée à infiltrer les anonymous. Dans cette affaire, le GCHQ aurait donc créé un "faux" groupe de pirates (NDLR: réalisant quand même nombres de piratages et autres TAO), dénommé "hack the planet" et disposant de son propre e-zine à la mode underground. Dans la cinquième édition de ce dernier on apprend d'ailleurs que le groupe HTP a découvert une "taupe" du FBI dans ses rang et l'a expulsé. Il semble donc que l'on pourrait se retrouver dans une situation ou un service secret créé un faux groupe de pirates qui va être "infiltré" par d'autres services secrets, et le tout pour ensuite infiltrer et "ddoser" des anonymous, histoire finalement d'arrêter quelques étudiants. Apparemment de plus HTP se faisait donc passer pour la Corée du nord, disposant d'une plage d'ip de ce pays.

On ne peut que se dire que certains responsables seraient avisés de relire le roman dénommé "Notre agent à La Havane", de Graham Greene.

Par ailleurs il faut rapprocher cette initiative d'#antisec de celle, plus légale (NDLR:enfin quoiqu'il faudrait évaluer le régime légal de l'éventuelle intrusion d'antisec sur les serveurs du GCHQ à l'aulne de la nouvelle LPM), de parlementaires américains (notamment de l'état du Maryland) qui mettent en place des initiatives anti-NSA en proposant des lois coupant les crédits, ou même l'approvisionnement en eau potable ou en électricité de l'agence.

On ne peut que regretter également l'annulation du talk du FBI lors du FIC (qui aurait pu apporter de nouvelles informations sur l'infiltration de groupes anonymous/antisec) et espérer qu'il aura lieu lors de l'édition 2015 de ce forum.

(NDLR: Dans cette histoire cette institution pourrait en effet être injustement persécutée, voyant ses agents "infiltrés" dans les "blackops" expulsés, et ses talks annulés, le tout avec l'ombre de la NSA derrière, puisque les documents Snowden montrent que GCHQ et NSA sont très amies. Sans compter que des pressions pourraient être exercées pour que le FBI vende les bitcoins saisis lors de l'affaire SR, encore non jugée, à un fond d'investissement. A moins que l'expulsion du FBI par HTP ne soit qu'un montage destiné à fournir des gages de bonne foi, et/ou que le communiqué d'antisec ne soit qu'une "psyops" ....)

La conclusion de cette affaire étant probablement que la proportionnalité est un critère essentiel à prendre en compte pour les règles d'engagement de ce type de capacité.


Notre agent à La Havane: lien

HTP n°5: lien

Communiqué d'#antisec: lien

FBI/bitcoins: lien

GCHQ vs hacktivistes: lien